Aller au contenu

Pour aller plus loin

Voici la bibliographie qui structure notre approche du don. Elle n’est pas exhaustive : c’est une boîte à outils de lectures, classée par thématiques, sur laquelle nous nous appuyons pour penser le festival, dialoguer avec le Laboratoire du Don (collectif indépendant qui nous accompagne), écrire les contenus du site, et échanger avec les chercheurs ou les associations qui s’intéressent à ces questions.

Fondements anthropologiques et historiques

Les ouvrages qui ont posé les bases de la pensée du don dans les sciences sociales du XXᵉ siècle.

  • Marcel Mauss, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques (1923-1924). L’ouvrage fondateur : il définit la triple obligation de donner, recevoir, rendre. À lire en priorité.
  • Bronislaw Malinowski, Les Argonautes du Pacifique occidental (1922). Étude classique sur le système d’échange « Kula » en Mélanésie. Mauss s’en inspire largement.
  • Marshall Sahlins, Stone Age Economics (1972). Analyse de l’économie des sociétés primitives sous l’angle de la réciprocité.
  • Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté (1949). Analyse le don - notamment l’échange des femmes - comme fondement de la réciprocité sociale.
  • Maurice Godelier, L’énigme du don (1996). Réflexion essentielle sur ce que le don cache, et ce qu’il oblige à conserver dans une société.
  • Alain Testart, Critique du don, étude sur la circulation non marchande (2009). Une approche critique de la théorie classique du don - pour ne pas l’idéaliser.

Sociologie et paradigme du don (M.A.U.S.S.)

Le Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales (M.A.U.S.S.) est l’école de pensée qui a prolongé Mauss en France et au Québec. C’est elle qui inspire le plus directement le Laboratoire du Don.

  • Alain Caillé, Anthropologie du don. Le tiers paradigme (2000) et Extensions du domaine du don (2018). Les ouvrages théoriques majeurs développant le don comme alternative à l’utilitarisme dominant en économie.
  • Alain Caillé, Don, intérêt et désintéressement. Bourdieu, Mauss, Platon et quelques autres (1994 / 2005). Une confrontation entre la théorie du don et l’axiomatique de l’intérêt qui structure l’économie standard.
  • Jacques T. Godbout (avec Alain Caillé), L’esprit du don (1992) et Le don, la dette et l’identité (2000). Exploration de la persistance du don dans les sociétés modernes - famille, réseaux d’amitié, associations, voisinage.
  • Philippe Chanial (dir.), La société vue du don, manuel de sociologie anti-utilitariste appliquée (2008). Un manuel complet sur l’application de ces théories à la société contemporaine.
  • Mark Rogin Anspach, À charge de revanche : Figures élémentaires de la réciprocité (2002). Analyse les mécanismes de la réciprocité, positive (don) comme négative (vengeance).

Don, travail et management

Comment la théorie du don éclaire la coopération en entreprise et le bénévolat associatif.

  • Norbert Alter, Donner et prendre. La coopération en entreprise (2009). Référence centrale : analyse comment la coopération réelle au travail repose sur des logiques de don / contre-don, et pas seulement sur le contrat salarial.
  • Pascal Ide et al., Recevoir pour donner (Relancer la dynamique du don au travail) (2021). Guide pratique pour intégrer le don dans les relations professionnelles.
  • Adam Grant, Donnant donnant (2013). Montre, par la psychologie sociale, que les profils « donneurs » réussissent mieux à long terme que les « preneurs ».
  • Alain Caillé et Jean-Édouard Grésy, La révolution du don, le management repensé (2014). Propose une nouvelle approche du management basée sur la reconnaissance et la gratitude.
  • Pierre-Yves Gomez, Le travail invisible (2013). Critique la financiarisation du travail et plaide pour la reconnaissance de sa part subjective et gratuite - celle qui fait la différence entre un emploi et un métier.

Économie, éthique et philosophie

Pour situer la question du don dans les grands débats contemporains : marché, dette, gratuité, philosophie morale.

  • Marcel Hénaff, Le prix de la vérité. Le don, l’argent, la philosophie (2002). Étude profonde des rapports complexes entre le don rituel, l’argent et la pensée philosophique. Un ouvrage exigeant mais éclairant.
  • David Graeber, Dette : 5000 ans d’histoire (2013). Une vaste fresque historique montrant que la dette et le don précèdent le marché. Lecture indispensable pour comprendre que l’économie marchande n’est pas naturelle, mais une construction historique récente.
  • Michael Sandel, Ce que l’argent ne saurait acheter : les limites morales du marché (2014). Alerte sur la « marchandisation » de la société et l’effacement de la gratuité dans nos vies.
  • Jacques Derrida, Donner le temps (1991). Analyse philosophique du paradoxe du « don pur » - selon Derrida, impossible. À lire en regard de Caillé qui répond à cette objection.
  • Frédéric Lordon, L’intérêt souverain. Essai d’anthropologie économique spinoziste (2011). Une critique de l’anti-utilitarisme à partir de la philosophie de Spinoza - pour penser autrement le rapport entre intérêt et désir.
  • Amartya Sen, Éthique et économie (2012). Réflexion par un Prix Nobel d’économie sur la nécessité de réintroduire des valeurs éthiques dans la science économique.

Articles et autres références

Quelques articles plus courts, utiles pour aborder des questions spécifiques.

  • Émilie Bernier, « Donner ou prendre ? L’obligation de rendre dans l’économie de la puissance » (article, 2018). Analyse politique des rapports d’endettement et de don.
  • Thomas David et Alix Heiniger, « L’économie du don charitable » (in Faire société, 2019). Étude historique sur la philanthropie et le lien social à Genève - éclaire bien les enjeux contemporains.

Pourquoi cette bibliographie ?

L’arc qui structure cette sélection va de Mauss - l’observation anthropologique fondatrice - à Caillé, Godbout, Alter, Hénaff - la traduction de cette pensée dans nos sociétés contemporaines -, jusqu’aux applications très concrètes : management, philanthropie, dette, marché.

Le festival des Euphoribes n’est pas un projet « inspiré par » le don : il en est une application directe, assumée et partagée. Ces livres ne sont pas un bagage culturel : ils sont la raison pour laquelle on fait ce qu’on fait à Ribes, et de la manière dont on le fait. Le Laboratoire du Don, collectif indépendant qui poursuit la même filiation intellectuelle de son côté, partage avec nous certaines de ces lectures et nourrit nos échanges.