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Moulin Dupuy à Saint-André-Lachamp

Moulin Dupuy et la dernière arche du pont sur l'Alune, Saint-André-LachampAu point le plus bas de la commune de Saint-André-Lachamp, sur la rive gauche de l’Alune — un cours d’eau classé à la fois en zone Natura 2000 et en Espace Naturel Sensible, au cœur du Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche — se dresse le Moulin Dupuy. Localement, on le connaît aussi sous son surnom patois : le « moulin gournier », littéralement le moulin du trou noir. Le patronyme Dupuy est celui de ses derniers exploitants ; le bâtiment, lui, est mentionné en archives bien avant.

Une seule arche subsiste aujourd’hui d’un pont qui en comptait quatre — celui qui enjambait le bief pour rejoindre Lablachère. Le moulin apparaît sur les cartes de Cassini au XVIIIe siècle, sur le cadastre napoléonien au XIXe, et il sert encore au village dans les années 1960. Sa renaissance, en revanche, est une histoire récente : depuis 2018, une équipe de bénévoles redonne vie à ce qu’on croyait perdu.

Six siècles dans les archives

La première trace écrite est précoce : en 1370, les archives départementales mentionnent l’octroi d’un droit d’eau perpétuel fondé en titre sur le site. Près d’un siècle plus tard, en 1464, on connaît le nom du premier propriétaire identifié. Au-dessus de l’entrée principale, une pierre porte la date de 1691, témoin probable d’un remaniement ; sur un linteau attenant, 1753 marque l’agrandissement du moulin pour accueillir la presse à olives et la grande cheminée.

Les pierres elles-mêmes parlent : au gré des reprises, plusieurs blocs gravés ont été réemployés dans les murs, dont l’un est orné d’une fleur de lys. Le moulin est aussi visible sur les cartes de Cassini au XVIIIe siècle, puis sur le cadastre napoléonien du XIXe, qui en figent la géographie. Sur trois étages, ses dimensions et la qualité de ses voûtes en grès en font l’un des moulins les plus remarquables du territoire — un type de construction très rare pour ce type d’édifice.

Une architecture qui raconte le travail

Trois niveaux superposés, chacun consacré à une étape du processus. La chambre d’eau au plus bas, qui actionne les meules ; les salles de pressage à l’étage, où l’on traitait les olives ; la salle des meules et la petite voûtée à croisée d’ogives au sommet, où l’on stockait grain et farine. Le détail technique est saisissant : c’est l’épure d’un savoir-faire pré-industriel, pensé pour durer.

Voûtes en grès

Très rares pour un moulin, elles soutiennent les trois étages et témoignent d’un parti architectural ambitieux.

Une fleur de lys

Une pierre gravée, scellée dans les murs, vestige d’un édifice antérieur réemployé sur le chantier d’origine.

Pierres de taille

Un magnifique escalier de pierres taillées dessert l’étage supérieur, complété de salles aux voûtes en plein cintre.

Croisée d’ogives

Au troisième niveau, une petite pièce voûtée à croisée d’ogives servait au stockage du blé puis à celui de la farine et du son.

Le génie hydraulique de la chambre d’eau

Au plus bas du bâtiment, la chambre d’eau abrite le cœur mécanique du moulin. Deux amenées d’eau en grès massif — les « gorgues » — captent le flux du bief et le canalisent vers une trompe en bois de châtaigner qui projette l’eau sous pression sur les augets du rodet, autrement dit les cuillères du fer de la roue. Ces augets, taillés tantôt dans le bois tantôt dans le métal, transmettent l’énergie aux meules par un axe vertical.

Entre les deux gorgues coulisse une vanne en bronze : une pelle qui glisse dans des rainures du même alliage et règle finement le débit. Plus surprenant encore, les commandes de réglage des meules et des vannes plongent 6,50 mètres sous la salle de production via des tringles en acier forgé articulées par des cardans. Le système, refait à l’identique, réutilise même la poignée d’origine de la vanne — un clin d’œil mécanique entre les siècles.

L’huilerie : un cycle complet

L’étage des olives a perdu certaines de ses pièces les plus précieuses au fil des pillages, mais la lecture du processus reste lisible. Les olives entières arrivaient au pied du moulatout, une meule conique entraînée par l’axe principal du moulin : elle réduisait les fruits en pâte, qui garnissait ensuite les « scourtins à poche » traditionnels — des sacs filtrants tressés en fibre de coco.

Vient alors le pressoir à cliquet, un édifice monumental encore en place, modernisé à la fin du XIXe siècle par des éléments de fonderie. Le pressage extrayait un moût d’huile qui s’écoulait dans une cuve en cuivre encastrée au sol — le décantoir, aujourd’hui disparu. Par simple repos de plusieurs heures, deux phases se séparaient : l’huile d’olive vierge remontait à la surface, tandis que la margine (l’eau de végétation contenue naturellement dans le fruit) restait en-dessous.

Devant la grande cheminée, un foyer monumental que l’on appelait « l’enfer » chauffait une cuve demi-sphérique en cuivre de près d’un mètre de diamètre. L’eau bouillante servait à fluidifier l’huile, briser les émulsions, rincer les scourtins, nettoyer le matériel. Quant aux grignons d’olive — résidus solides emprisonnés dans les sacs filtrants — ils n’étaient jamais perdus : pressés une seconde fois pour une huile de moindre qualité, brûlés comme combustible, ou (les archives en attestent) revendus aux savonneries du secteur.

Quatre productions sous le même toit

Farine de blé

Les meules de granit, à l’étage, transformaient les blés du plateau jusqu’à la fin de l’activité, en 1967.

Châtaignes & orge

Châtaignes broyées en farine d’hiver, orge perlé pour les soupes : les céréales secondaires complétaient la production.

Huile d’olive

L’activité huilerie cesse en 1956, dans le sillage du gel de février qui décima 4 à 5 millions d’oliviers en Ardèche.

Demain l’hydro

À terme, l’association entend remettre la chambre d’eau au service d’une production hydroélectrique de petite échelle.

Henry Dupuy, dernier meunier, s’éteint en 1969. Le moulin reste alors « en sommeil » pendant cinquante ans : la végétation envahit les murs, les voûtes menacent, les pièces de cuivre disparaissent au fil des pillages — meules coniques du moulatout, linteau de la cheminée, ferronneries. Quand l’inventaire d’urgence est dressé fin 2017, il est temps d’agir.

Huit ans de chantier bénévole

L’aventure démarre le 28 avril 2018, par un premier « coup de sécateur » dans la végétation invasive. Elle est portée par l’association « Le Moulin Dupuy », créée à l’automne 2017 par Isabelle Barbe-Tahon, et conduite en partenariat étroit avec la commune de Saint-André-Lachamp, propriétaire du bâtiment. Sept ans plus tard, l’association cumule 64 chantiers et plus de 3 400 heures de bénévolat, organisés selon trois grandes phases.

1 · Sauvetage

Dégager les accès, libérer murs et sols d’une végétation dévorante : arbres enracinés dans la pierre, lierres dérochant les linteaux, voûtes prêtes à s’effondrer. Stopper la ruine.

2018-2020

2 · Restauration

Mise hors d’eau confiée aux entreprises, puis reprise des murs « à mortier de chaux et langues de chat » par les bénévoles, démontage et rescellement des sols et escaliers.

2020-2023

3 · Équipement

Meules de granit neuves, bluterie sur mesure, motorisation, ferronnerie technique. Le 30 octobre 2024, la meule s’est remise à tourner après 58 ans de silence.

2023-2024

64

chantiers cumulés

Soit en moyenne 8 chantiers par an depuis le coup d’envoi du 28 avril 2018.

3 400 h

de bénévolat

Soit 427 heures par an en moyenne, valorisées à environ 68 280 € sur l’ensemble du chantier.

1370

droit d’eau

Année de la première mention du moulin dans les archives départementales — un droit « perpétuel fondé en titre ».

En mémoire

Isabelle Barbe-Tahon, présidente fondatrice de l’association, a porté le projet pendant huit ans avant de s’éteindre. C’est elle qui, le 30 octobre 2024, a relancé la rotation de la meule. Le chantier se poursuit aujourd’hui sous la présidence de Xavier Chobelet, dans la fidélité à son élan initial.

Une seconde vie : pédagogie, visites, hydroélectricité

Une fois le bâti restauré et la meunerie opérationnelle, l’association tourne désormais son énergie vers la transmission. Trois chantiers se déploient en parallèle, sans s’exclure :

  • Programme pédagogique — faire du moulin une ressource vivante d’apprentissage, à partir des savoir-faire artisanaux mobilisés depuis huit ans (taille de pierre, ferronnerie, mortiers traditionnels, meunerie). Public visé : des écoliers aux étudiants spécialisés.
  • Visites virtuelles en 20 langues — un dispositif de QRguides est en cours d’installation à l’extérieur comme à l’intérieur du moulin. À terme, chaque visiteur pourra explorer le bâtiment en autonomie, dans sa langue, avec un commentaire patrimonial complet.
  • Production redémarrée — farine et huile à petite échelle, en lien avec des producteurs et boulangers locaux, plus une perspective d’hydroélectricité pour valoriser la chute d’eau historique.

« Le 30 octobre 2024, après 58 ans de silence de ruine, la meule s’est remise à tourner. Une grande émotion. »
— Association Le Moulin Dupuy, Saint-André-Lachamp.

Visiter, soutenir, adhérer

Le moulin se découvre lors des animations programmées par l’association — Journées européennes des moulins, Journées du patrimoine, week-ends de visites guidées. Une balade libre autour du site est par ailleurs accessible toute l’année : on y comprend l’inscription du bâtiment dans la vallée, le bief, le cours de l’Alune.

Trois manières de soutenir le projet, selon votre envie :

  • Adhérer : en ligne via HelloAsso (carte bancaire ou virement, ponctuel ou récurrent).
  • Faire un don : directement via la Fondation du Patrimoine, avec une déduction fiscale de 66 %.
  • Rejoindre l’équipe : les bénévoles sont accueillis sur les chantiers — quelques heures suffisent à se rendre utile.

Site officiel de l’association : le-moulin-dupuy-3.jimdosite.com.

Association Le Moulin Dupuy
Président : Xavier Chobelet

📍 Mairie — 34 place de la mairie
07230 Saint-André-Lachamp, Ardèche

📞 06 51 71 61 36
moulin.dupuy07@gmail.com

🌐 le-moulin-dupuy-3.jimdosite.com

🏷 Association loi 1901 · RNA W071002959
💚 Soutien Fondation du patrimoine

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